Cicatrisation : comment bien s’en sortir

          On est toujours, à un moment ou à un autre, confronté à un petit bobo, une blessure plus profonde, qu’on souhaite cicatriser sans laisser de marque. Sauf si vous aimez les cicatrices hein, je ne suis pas là pour juger ! Mais j’ai voulu profiter d’une mésaventure – de très belles et profondes griffures de chat – pour parler du b-a-ba de la cicatrisation, les bonnes choses à faire, et… les choses à ne pas faire !

          Pour préciser les choses, je vais bien sûr parler des plaies que l’on peut soigner chez soi. Si votre bras est ouvert jusqu’à l’os un dimanche vers 11h37 durant un déménagement (c’est du vécu !) on file bien sûr aux urgences. Ça va de soi, mais je préfère le rappeler. L’article d’aujourd’hui a plutôt pour vocation d’aider à faire les bons gestes pour les bobos du quotidien, griffures, écorchures, pour les casse-cou ou ceux et celles qui ont deux mains gauches ! Et puis comme c’est la rentrée, je vais pouvoir prendre mon ton de maîtresse d’école, j’adore ça ♥ On va donc commencer par un petit cours !

Cicatrisation : comment c’est que ça se passe dedans nous ?

          Voilà, ça y est, vous avez joué avec votre tigre domestique, et il ne vous a pas loupé. Ou vous vous êtes pris(e)s pour Action man/Lara Croft durant une balade en forêt et c’est le sol/arbre/buisson (rayez la/les mentions inutiles) qui ne vous a pas loupé. Vous avez donc une plaie (je répète, je parle de petites plaies bénignes, sinon vous appelez le Grand Patron qu’il vienne avec une ambulance vous évacuer sur un brancard. Oui, je regarde cette série, et je vous crotte)

La peau est composée de 3 couches, de la plus superficielle à la plus profonde :

  • l’épiderme : lui même composé de plusieurs couches, les cellules de la couche inférieure remontent vers la surface, se chargent en kératine, perdent leur noyau, et meurent : c’est le renouvellement cellulaire. En surface, il y a un film lubrifiant et assouplissant qui lutte contre les affections microbiennes et chimiques (car il contient de bonnes bactéries qui protège la peau)
  • le derme : il contient la base des poils et des glandes sébacées (=sébum) C’est lui qui nourrit l’épiderme. C’est aussi là qu’on trouve les fibres de collagène et les fibres élastiques (en plus de cellules et de vaisseaux)
  • l’hypoderme : il contient les follicules pileux et les glandes sudoripares (=sueur) Il y a aussi des vaisseaux, des terminaisons nerveuses, des corpuscules sensibles au froid, au chaud, au toucher…

          Lorsque la peau est lésée, il y a donc au départ saignement. Pour l’arrêter, il y a formation d’un caillot ou thrombus, qui va boucher la plaie, et empêcher à la fois la sortie des liquides physiologiques (le sang, etc) et l’entrée d’éléments étrangers (les bactéries, etc) Dans le sang, on trouve les thrombocytes (vous les connaissez sans doute si vous avez fait des prises de sang : ce sont les fameuses plaquettes) Ces cellules s’agglutinent au niveau de la lésion, et forment le clou plaquettaire, qui obture la plaie en 1 à 3 minutes.

          Autour de ce clou plaquettaire, les thrombocytes vont transformer un actif, le fibrinogène (présent dans le plasma sanguin), en fibrine, ce qui va donner le thrombus définitif. Ce réseau de fibrine va se resserrer en enserrant les autres cellules (comme un filet de pêche) et la plaie va se réduire.

          Cette première phase est une phase inflammatoire. Si un germe a passé la barrière de la peau, il y d’abord dilatation des vaisseaux et capillaires sanguins de la région entourant l’agent pathogène. C’est cette dilatation qui donne cet aspect rouge et gonflé autour de la plaie.En 30 à 60 minutes après cette réaction inflammatoire, des globules blancs (les monocytes) débarquent, se fixent sur les vaisseaux et se transforment en macrophages, sorte de poubelles cellulaires. Ces nouvelles cellules adhèrent au germe, et l’ « enrobent » pour le détruire.

          Une fois détruit, les déchets de celui-ci sont évacués : c’est la détersion de la plaie. Lorsque cette étape est finie, que tout est bien propre et que la plaie ne risque rien, de nouvelles cellules (les fibroblastes) vont venir s’installer au niveau du réseau de fibrine, organiser une trame par prolifération de nouvelles cellules et débuter la cicatrisation. C’est la formation de la croûte, qui est un tissu de renouvellement.

          Vient ensuite la phase de maturation. Elle peut être très longue, jusqu’à un an. La croûte va tomber, et la peau reconstituer ses différentes couches. On peut avoir des démangeaisons, signe que la peau se resserre et cicatrise. Au fur et à mesure, les quantités de fibroblastes vont diminuer.  Au bout de quelques semaines, après une cicatrisation réussie, les amas de fibrine seront détruits par fibrinolyse, ce qui permet aux vaisseaux de s’ouvrir de nouveau.

Je me suis blessé(e), je fais quoi en premier ?

          Dans l’idéal, le plus tôt possible, on commence par savonner la plaie à l’eau et au savon type savon de marseille : c’est l’asepsie. C’est le premier geste pour prévenir une infection microbienne. On tamponne avec des compresses stériles si on en a, ou un linge propre à défaut.

          Ensuite on désinfecte. Oui, c’est important, et ca n’a rien à voir avec l’asepsie citée au dessus. Ils ont un spectre d’action bien plus large et sur un plus grand nombre de bactéries que du simple savon, et inactiveront la majorité des germes, tout en évitant un risque de contamination (par exemple, si vous avez plusieurs plaies) Un produit à base de chlorhexidine (type Biseptine, Diaseptyl… à noter, je trouve que le Diaspetyl pique moins !) sera suffisant dans la plupart des blessures quotidiennes.

          Attention ! On ne prend surtout pas d’alcool (même dilué) car il sera moins efficace sur les bactéries de 1, et de 2, il aura tendance à brûler les chairs. A réserver à la désinfection de votre matériel, pas de votre peau !

          Si ca saigne beaucoup, on garde la plaie sous une compresse. Les non tissées ont ma préférence, car on ne sent pas la trame de la gaze, elles sont douces comme du coton et donc ont tendance à moins coller sur la peau. Dans l’idéal toujours, pas de disques de coton, sous peine de laisser des fibres de coton sur la plaie. Si vous n’avez que ça sous la main, faites juste bien attention.

Ça ne saigne plus, mais c’est tout rouge. J’agis comment ?

          Je recommande de commencer avec une crème avec une action antibactérienne, contenant du cuivre et du zinc. Il en existe de différentes sortes : Dermalibour d’Aderma, Cicabio de Bioderma ou encore Cicalfate d’Avène. C’est cette dernière que je préfère, même si très épaisse : elle a une texture proche des pommades à l’oxyde de zinc (comme la Mitosyl pour les fesses des bébés) et est donc un peu difficile à pénétrer. Cela peut être un chouilla douloureux en cas de blessures un peu profondes comme les grosses griffures que vous verrez plus bas.

          Dans l’absolu, laissez votre peau à l’air libre, sauf cas de frottements. C’est ainsi qu’elle cicatrisera mieux. Sous pansement, avec l’effet occlusif, la plaie peut macérer et peut être moins « belle » voir s’infecter.

          A utiliser au début 3 à 4 fois par jour (oui, c’est marqué deux fois sur les notices, mais il n’y a aucun souci), systématiquement après désinfection (suivant la gravité, ne pas hésiter à désinfecter plusieurs jours de suite, sinon on peut stopper après deux ou trois jours) On diminue ensuite à deux fois par jour quand ça va mieux.

C’est beaucoup moins rouge, mais ça cicatrise mal. Je fais quoi ?

          On continue la Cicalfate matin et soir. On va venir accélérer le processus de renouvellement cellulaire avec des crèmes spécifiques, apaisantes et cicatrisantes. Ma préférée : l’Epithéliale AH d’Aderma. Une texture hyper fluide, rafraîchissante, apaisante, elle ne fait absolument pas mal lorsqu’on l’applique même si la plaie est récente.

          A masser deux à trois fois par jour (et honnêtement, j’en ai mis jusque 5 fois par jour quand j’avais trop mal !) en alternance avec Cicalfate. Et ne lésinez pas sur la couche à appliquer !

          S’il n’y a plus d’inflammation, vous pouvez arrêter la Cicalfate et ne garder que l’Epithéliale, mais soyez réguliers avec, surtout si votre peau à tendance à mal cicatriser en général (sinon c’est l’effet chéloïde : une cicatrice boursouflée, dure, en relief, par amas de fibres)

J’ai beau faire, je crois bien que c’est infecté… J’attends que ça passe ou pas ?

          Alors là, direction médecin. Si vous voyez du pus, si ça a une trop sale tête, on ne cherche pas à comprendre, on file voir un toubib ou les urgences les plus proches. Selon la gravité, le traitement ira d’une simple pommade antibiotique (sur ordonnance, n’essayez pas d’amadouer votre pharmacien) aux antibiotiques par voie orale, en passant par un pansement de type hydrocellulaire (qui coûte une blinde, et il en existe des tas, donc médecin encore une fois) J’ai moi-même dû y avoir recours car l’une des grosses cicatrices n’était vraiment pas belle, et frottait sans arrêt sur mes vêtements, du coup difficile de la faire cicatriser correctement.

          Pourquoi je n’attends pas ? Parce que l’infection peut notamment ensuite se propager dans le sang. Dans le cas de morsures de chats par exemple, il faut vraiment surveiller : leur salive contient quantité de bactéries absolument pas sympathiques qu’ils peuvent inoculer dans les articulations, les gaines des tendons, etc du fait de leurs dents acérées qui pénètrent facilement les tissus. On peut même avoir des infections osseuses. Très souvent, cela peut mener à l’hospitalisation, autant ne pas prendre de risque. Pour des griffures, on a moins de risque donc lavage au savon + désinfection sont souvent suffisants.

Youpi, tout est quasiment parti !

          Maintenant on fait attention au soleil : c’est écran solaire dès qu’on sort, et si elle a été très profonde, jusqu’à un an après la cicatrisation. Le soleil a des effets irrémédiables sur la peau : sur une cicatrice encore rose et récente (6 mois et moins) celle-ci risque de prendre une coloration définitive. Sur une cicatrice plus ancienne mais blanche, pas de mélanocytes pour protéger des UV : la peau risque de brûler. Même combat : on couvre avec un pansement ou on crème consciencieusement.

          Si la cicatrice commence à chéloïder malgré vos efforts, pensez à masser matin et soir en faisant un léger palper-rouler (léger j’ai dit ! surtout si la cicatrice est assez récente) avec de l’Epithéliale ou des soins plus spécifiques encore comme le Cicaplast de La Roche Posay, ou la crème Madécassol. Dans le pire des cas, si vous avez déjà une chéloïde pas trop ancienne (sinon c’est plus difficile à faire partir, mais faisable) les pansements silicone type Elastoplat aident à bien lisser la peau et réduire l’aspecte boursouflé.

Mes blessures de guerre

          J’ai profité du coup de mes super blessures de la mort pour vous faire un aperçu de ce que cela donne en terme de cicatrisation. La plus grosse, très profonde, est totalement refermée, mais elle est encore rouge, et a du mal à cicatriser. Encore aujourd’hui, 19 jours après les blessures, je continue l’Epithéliale, mais j’ai arrêté la Cicalfate et la désinfection (plus nécessaire) J’ai par contre dû porter un pansement hydrocellulaire quelques jours, du fait qu’elle ne se refermait pas avec le frottements des vêtements. Les autres plaies, moins profondes, se sont refermées très rapidement, et pour la plupart il ne reste rien.

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4 réflexions sur “Cicatrisation : comment bien s’en sortir

  1. Très intéressant ton article. J’ai 5 grosses cicatrices dans le dos suite à une opération et j’utilise cicalfate mais celui post-opération plusieurs fois par jours et je prends un traitement homéopathique. Pour ce dernier je n’en avait jamais entendu parlé mais la pharmacienne me l’a conseillant en disant que ça peut vraiment faire la différence et aider à une meilleure cicatrisation.

    • Je connaissais pas du tout le traitement homéopathique, mais je suis pour ce genre de complément, sans hésiter. Tu prends quoi comme granules ?

      Sinon le post-acte est bien, je crois me souvenir que comme il est plus léger, il pénètre juste un peu moins dans la peau – et surtout n’est pas occlusif, donc par exemple pour les fesses d’un bébé, on ne pourrait pas l’utiliser. Son avantage c’est qu’il doit avoir une texture proche de l’Epithéliale.

      En tout cas, soit persévérante, ça paie sur le long terme (je l’ai vu avec la cicatrice de pacemaker de ma mère, c’est quand elle a commencé à masser régulièrement que ça s’est affiné et que ça a fini par disparaître plusieurs mois plus tard)

  2. Superbe article…. ca me rappelle nos très très long cours d’immuno mdr… en tout cas tu as réussi à expliquer le processus de façon très abordable… Ayant aussi un chat très griffeur je connais malheureusement ce problème de griffures… ca fait mal, ca met un moment à cicatriser car elles sont souvent situées sur les mains et nos petites mimines sont souvent mouillé etc… j’essaierai une de tes pommades la prochaine fois. J’ai aussi souvent entendu parler de granules homéo mais je ne me souviens plus lesquels…

  3. Hello miss !

    Ça fait longtemps ! Je t’écris ce commentaire car je t’ai tagguée au Liebster Award. A toi de voir si tu veux répondre à mes questions 🙂

    A bientôt miss !!
    La Morue

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